Notre Histoire


Une promesse…

Tout commence en 2023, je termine la rénovation de ma maison, j’ai 30 ans tout rond et j’amorce une nouvelle phase de ma vie.

Je réalise que mon travail, bien qu’il soit confortable, m’ennuie. Peu à peu, je prends conscience que je tourne en rond. J’essaye alors de trouver une nouvelle voie à suivre, un autre chemin qui attiserait la flamme de ma passion, la cuisine.

Je prospecte, je fouine, je me renseigne, mais rien n’aboutit vraiment.

Me vient alors une idée.

Exoudun

Il se trouve que pendant l’été 2023, lors de mes vacances, j’ai pu profiter d’un court séjour dans le magnifique village d’Exoudun. À ma grande tristesse, j’ai découvert que dans cette commune, il n’y avait aucun commerce alimentaire. Moi qui ai toujours connu le plaisir d’avoir une boulangerie, un café, et même une supérette au coin de la rue, j’ai trouvé cela malheureux.

Mon esprit fait le lien entre ce village et mon envie de construire quelque chose.

Je prends alors contact avec la mairie, indiquant que j’aimerais bien faire une sorte de commerce éphémère pendant mes congés en 2024. Comme je suis breton, je ne vais pas chercher très loin, les crêpes seront mon cheval de bataille. Facile à réaliser, peu onéreuse, ça me paraissait plutôt simple à mettre en œuvre. (PAS DU TOUT !)

La mairie va tout d’abord étudier l’idée, avant de finalement me proposer de se rencontrer afin de parler des détails. En mars 2023, je file à Exoudun, 5h de route plus tard et un paquet de crêpe fraîche dans les mains, je franchis la porte de la mairie. Je rencontre des gens souriants, engageant, motivé et extrêmement sympathique, ensemble, on discute, on déguste des crêpes et on arrive finalement à un accord.

Le lendemain, je reprends la route, direction ma Bretagne natale, la joie au visage, des idées plein la tête et une passion dévorante animant mon cœur. à peine arrivé, j’entame les démarches de la création d’entreprise.

L’Atelier du Crêplier !

Semée d’embûches, cette étape ne fut pas forcément plaisante en tout point, mais elle reste amusante, il faut avoir l’esprit bien accroché ! J’invite tout le monde à s’y essayer !

Je créais un univers, une carte, des recettes. J’étudie les prix, je compare et j’analyse. Bien heureusement, je ne suis pas seul, je demande de l’aide, je fais goûter mes productions et je réclame des conseils. Autour de moi, ça s’affaire, ravie de participer chacun y met du sien, et finalement « L’Atelier du Crêplier » émerge du simple songe pour apparaître au grand jour.

J’en suis heureux, j’ai le sourire au visage !

Je dois quand même admettre que rien de tout cela n’est en rien de tout repos, mais j’ai eu plaisir à le faire, après tout, c’est ma passion !

Au moment où j’écris ces lignes, j’ignore ou le vent va me mener, j’ignore si la crêperie va marcher, mais j’y crois dur comme fer, et même si ça échoue, l’aventure aura été magnifique.

Je m’étais toujours promis qu’à mes 30 ans, j’aurais mon restaurant. Bon, ce n’est pas exactement le cas, mais on s’en rapproche plutôt bien !

Juillet 2024



C’était génial !

Préparation

L’idée d’origine était de tenir un stand de crêpes pendant deux semaines, du 8 au 21 juillet.

Mon plan était le suivant :

  • Du lundi 1ᵉʳ au mercredi 3 juillet, je prépare au mieux mon départ en faisant l’acquisition de tous les éléments nécessaires à mes crêpes que je ne pourrais pas obtenir sur place.
  • Le jeudi 4 juillet, je remplis ma voiture.
  • Le vendredi 5 juillet, je prends la route en faisant un détour par Guémené afin d’acheter des andouilles, et j’atteins Exoudun avant 18h pour signer les documents et récupérer les clés.
  • Le samedi 6 juillet, je procède à l’achat de tous les ingrédients et boissons.
  • Le dimanche 7 juillet, je prépare toutes les pâtes et garnitures.
  • Le lundi 8 juillet, je commence le stand et je continue jusqu’au 21 juillet.

Le plan a été quelque peu modifié.


Élection

Je suis arrivé à Exoudun le vendredi 5 juillet, dans l’après-midi. À mon arrivée, madame le maire est venue me saluer et m’a proposé de commencer mes crêpes plus tôt. En effet, quelque temps auparavant, le Président Macron avait dissous l’Assemblée nationale, ce qui a entraîné des élections. Ces élections, en deux tours, ont eu lieu respectivement le dimanche 30 juin et le dimanche 7 juillet 2024.

L’idée d’ouvrir plus tôt m’avait titillé, mais je n’avais pas osé changer mes plans. Cependant, quand madame le maire m’a fait cette proposition, j’ai sauté le pas.

Le dimanche matin, je me suis préparé au mieux et j’ai filé prendre ma place sur le stand. J’ai pris le temps de préciser à la mairie que j’allais faire des crêpes dans le parc, mais uniquement du sucré, car le reste n’était pas prêt.

J’ai fini par manquer de pâte à crêpes et j’ai dû rentrer, mais ce premier test était très concluant et rassurant pour la suite. Les habitants d’Exoudun ont pu me découvrir et apprécier mes crêpes.



Première journée

Le lendemain a eu lieu ma première vraie journée, et celle-ci a été compliquée.

J’étais à l’heure, une première et sûrement la seule fois où je l’ai été d’ailleurs. Je me suis rapidement mis en place, et c’est à ce moment-là que l’Office du tourisme du Pays Mellois est arrivé. Très professionnel, l’agent a réussi à réaliser une courte vidéo de moi en train de tourner mes crêpes, ce qui a grandement contribué à ma publicité. Je les remercie encore une fois pour leur soutien.

La journée s’est déroulée calmement jusqu’au soir. À partir de 18 h, les clients ont commencé à affluer, et c’est là que le « bouillon » a eu lieu. Les commandes sont arrivées en nombre, sur place ou à emporter, avec ou sans réservation… J’ai fini débordé.

Je me suis dispersé, perdu dans mes notes sur un cahier. J’ai fini par manquer de garnitures et j’ai dû appeler mon collègue à l’aide. Le voir arriver avec un jambon entier à découper sur le stand a été un véritable crève-cœur. C’était comme si j’avais échoué, un déshonneur complet.

J’ai tout de même réussi à terminer, mais pour moi, ce premier service a été catastrophique.



Un retour en force

Le lendemain, après une nuit de doute, j’ai repris le taureau par les cornes : j’ai changé les horaires en accord avec la mairie, sorti le carnet de bons et rectifié mes erreurs. En évaluant là où je m’étais raté, j’ai modifié ma méthode sur de nombreux points, notamment pour les crêpes à emporter. Je me suis recentré sur l’essentiel : travailler efficacement.

Par la suite, la semaine s’est déroulée convenablement. Une seule fois, j’ai dû m’excuser, car je suis tombé à court de pâte. Ce fut la première et la dernière, car après cela, j’ai pris soin d’en préparer suffisamment.
Bien évidemment, j’ai aussi connu quelques coups de feu, certains soirs où les habitants d’Exoudun sont venus manger en nombre.

Ma présence éphémère a rapidement fait le tour du village, et le bouche-à-oreille a même attiré des personnes des villages alentour. Au final, beaucoup de monde est passé sur mon stand :

  • J’ai eu des habitués, qui revenaient quotidiennement me saluer et manger une crêpe.
  • J’ai eu des familles qui sont revenues plusieurs soirs pour essayer toute la carte.
  • J’ai eu des curieux qui ont goûté toutes les potions.
  • J’ai eu un collectionneur de pièces.
  • J’ai eu des Alsaciens, en vacances dans le coin, qui cherchaient des vestiges à visiter et qui ont atterri à Exoudun.
  • J’ai eu toute la mairie, que je ne remercierai jamais assez, qui est venue et revenue de nombreuses fois, toujours en nombre et avec gentillesse.
  • J’ai eu des galères électriques : ma rallonge a décidé d’imploser, manquant de mettre le feu au parc par la même occasion. Une nouvelle fois, la mairie a réagi prestement, et dans l’heure, une rallonge m’a été confiée pour le reste du séjour.
  • J’ai aussi eu Patricia ❤️, ma fidèle acolyte et voisine de travail, qui a surveillé mon stand pendant que je filais chercher de la pâte. Je la remercie chaleureusement.
  • J’ai eu une famille adorable qui venait quotidiennement au goûter… suivie par leur chat.

C’était une semaine magique. ✨


Fatigue

Ce n’était pas tout rose, évidemment. J’ai appris qu’un stand, c’était compliqué à gérer : le montage et le démontage étaient longs, et la vaisselle, la comptabilité ainsi que la lessive prenaient un temps considérable, surtout quand on est épuisé. Heureusement, j’avais du monde à mes côtés, des petites mains prêtes à aider : mon collègue, qui prenait sur lui de nettoyer derrière moi, et ma conjointe, qui gérait avec moi la comptabilité, parfois jusqu’à 1 h du matin.

Cependant, mon rythme était tellement intense que j’ai perdu la notion du temps. J’étais constamment débordé, je dormais peu. À plusieurs reprises, j’ai dû annoncer que je démarrerais plus tard dans la journée, car je ne pouvais pas tenir la cadence.

C’était épuisant, à tel point que même mon moral commençait à être affecté, mon esprit s’égarait.
Il faut savoir que chaque erreur m’impacte énormément : j’ai à cœur de bien faire. Quand je suis fatigué, l’erreur me ronge encore plus, et je m’en veux terriblement.

Je pense que je n’aurais pas tenu une troisième semaine avec autant de pression. J’aurais fini par lâcher.



Une surprise inoubliable

Le dernier vendredi, j’ai commencé plus tard. Je manquais de sommeil et, surtout, de préparation pour le dernier week-end. J’ai pris ma matinée pour aller chercher des ingrédients, ce qui m’a sûrement évité un énorme bouillon.

Le matin, un convoi de cyclistes nommé « Les Gouttes », des manifestants anti-Méga-Bassine, s’est présenté dans le parc et l’a investi en très grand nombre. En voyant ça, je me suis dit que si j’avais été en poste, je n’aurais sûrement pas apprécié le moment.

Durant la journée, Jordan m’a informé que le soir, nous serions trois pour ranger. J’étais sceptique. Pendant tout le séjour, nous n’étions que deux, et parfois, j’étais seul à ranger. Et ce jour-là, étrangement, quelqu’un viendrait nous aider ? J’étais méfiant, mais j’ai mis ça de côté, car j’avais beaucoup de choses à gérer.

Finalement, la soirée est arrivée et le service a commencé. Il y avait du monde, et j’ai servi comme à mon habitude. Malgré la fatigue, j’essayais d’être régulier. Et alors que j’étais dans ma bulle, concentré sur mes plats, quelqu’un s’est présenté au stand… ma conjointe.

J’ai levé les yeux et je suis resté figé de surprise, presque comme une statue, pendant quelques secondes. Elle avait négocié pour partir plus tôt de son travail, puis elle avait pris la route sans faire de pause jusqu’à Exoudun afin de me rejoindre et de m’aider pour le dernier week-end.

Ma chérie, je t’aime. ❤️



Dernière vague

Le dernier samedi a été très calme. Pour une fois que j’avais une aide en cuisine à mes côtés, c’était presque décevant… mais surtout revigorant. Le calme avant la tempête, comme on dit. Je pensais que ce serait le dimanche mon baroud d’honneur, et j’ai eu raison.

J’ai préparé tout ce qu’il me restait en stock, dormi tout mon soûl, et finalement, la dernière journée est arrivée. Avec ma conjointe aux commandes, c’était un soulagement : je savais que je pouvais assurer.

J’ai eu l’occasion de revoir tout le monde. Ce n’est pas tout Exoudun qui est venu, mais une bonne partie. Les habitués, ainsi que des personnes que je n’avais vues qu’une seule fois auparavant, sont revenues pour me dire au revoir. Il y a même une dame qui m’a ordonné de revenir l’année suivante ! Grâce à eux, j’ai pu atteindre le chiffre symbolique de 2 000 crêpes tournées. C’était un cap pour moi, une fierté. Je n’ai plus les mots pour remercier tous ceux qui ont permis ce succès.

Petite mention spéciale à ce fameux lot de 6 crêpes qui s’est transformé en 17 pour le même prix… (La joie des fins de service ! 😆)


Un immense merci

Avant toute chose, je tiens à remercier Exoudun, ce petit village des Deux-Sèvres qui semble isolé et inconnu, mais qui m’a apporté énormément. Je tiens surtout à remercier ses habitants, qui sont venus en nombre, curieux et gourmands.

Je souhaite aussi m’excuser. Je sais que je n’ai pas été parfait, que j’ai parfois échoué, qu’il y a eu des erreurs de prix, des oublis de commandes… J’ignore si les personnes concernées liront ce message, mais ces erreurs me hantent, et j’espère qu’en écrivant ces lignes, je pourrai apaiser mon tourment.

À Exoudun, j’ai redécouvert la fierté d’être cuisinier, de préparer de bons plats et de voir les sourires des gens ravis… mais surtout, de les voir revenir. J’ai retrouvé le plaisir de cuisiner, l’envie de me dépasser et de créer de nouvelles recettes pour améliorer ma prestation. Chaque jour était une occasion d’essayer de nouvelles choses et de m’adapter à mon environnement pour satisfaire tout le monde.

Ces deux semaines ont été exceptionnelles, de véritables montagnes russes émotionnelles… mais j’ai adoré ça.

Encore une fois, merci. ❤️


Anecdotes


Les roues de camion

À plusieurs reprises, mon collègue est venu m’apporter son soutien, m’aidant à tenir le service en prenant les commandes et en servant les boissons. Surtout, il était là pour démonter le stand, une tâche extrêmement difficile après une journée entière de travail. Un ami que j’embrasse fort !

Il existe aussi la fameuse théorie des « roues de camion ». Lorsqu’il m’arrivait de tomber à court d’un ingrédient à découper, comme le chabichou, la truite ou l’andouille, je demandais à mon collègue d’en couper. Mais sans indications claires, la découpe se faisait un peu à l’arrache. Pour le chabichou ou la truite, ça n’avait pas trop d’importance, mais dans le cas précis de l’andouille, c’était une autre histoire…

Au lieu d’obtenir une tranche fine de quelques millimètres, il m’arrivait de voir arriver une « roue de camion » : une énorme rondelle d’un centimètre d’épaisseur ! Là où j’aurais coupé une andouille pour 10 à 12 personnes, je me retrouvais avec une andouille découpée pour 4.

Le plus amusant, c’est que lorsque ma conjointe m’a rejoint sur la fin du séjour, elle a procédé exactement de la même manière ! Ce qui m’a bien fait rire et a définitivement validé cette théorie. 😆


Les trous

Une fois, un monsieur m’a passé commande pour deux douzaines de crêpes salées à récupérer le mercredi suivant. C’était vraiment sympa de sa part, car en général, les gens commandent leur lot en arrivant, pas à l’avance. Avec la fatigue et toute la gestion à faire, j’ai complètement oublié cette demande. J’ai même failli ne pas être présent le jour où il devait venir les chercher.

Heureusement, j’étais bien en poste quand il est arrivé. L’information avait fini par remonter à la surface dans ma tête, et il a dû patienter un peu le temps que je prépare ses crêpes. Sauf que… je ne lui ai fait qu’un seul lot de 6 ! Ce n’est qu’après coup, en retrouvant son bon de commande, que je me suis souvenu qu’il en voulait le double. J’étais dégoûté d’avoir oublié l’autre lot.

Une heure plus tard, coup de téléphone. Mais ce n’était pas lui… c’était sa femme.

Dès que j’ai reconnu la commande, je me suis empressé de m’excuser pour avoir oublié le second lot. Mais visiblement, je l’ai prise de court, car elle a commencé à râler encore plus. Et c’est là qu’elle m’a dit que ce n’était même pas pour ça qu’elle m’appelait… mais pour m’engueuler parce qu’il y avait des trous dans mes crêpes !

Selon elle, en intégrant sa béchamel, tout dégoulinait de partout à cause des trous. J’ai eu un instant de bug avant de savoir quoi répondre. Effectivement, il arrive que certaines crêpes soient fissurées, surtout quand je viens de prendre mon poste et que je ne suis pas encore bien échauffé. J’ai donc présenté mes excuses et je lui ai dit qu’elle pouvait revenir : je lui offrais un second lot, et cette fois-ci, j’essaierais de ne pas faire de trous.

Mais le plus drôle dans cette histoire ?

Cette année, lors du concours culinaire de la meilleure crêpe bretonne, Olivier Lezennec, le dieu de la crêpe, m’a confié qu’il préférait les crêpes salées saisies au bilig, comme une pièce de viande, et que lors de la cuisson, des trous se forment naturellement… et que ces trous font toute la crêpe !

J’ai rigolé. 😆